Les Communautés de travail sont des formes innovantes de coopératives ouvrières, visant à épanouir l’individu par la solidarité collective. Elles se distinguent des entreprises capitalistes traditionnelles par :
La propriété sociale et indivise des moyens de production.
La prise de décision collective, à l’unanimité.
L’élection des responsables selon le principe de la « double confiance » (approbation des échelons inférieur et supérieur).
Une rémunération basée sur la valeur humaine (qualification professionnelle, apport culturel, situation familiale, etc.).
L’éducation polyvalente et l’intégration de la vie personnelle dans la communauté.
Fondée avant 1935 par Marcel Barbu à Valence (Drôme), Boimondau (Boîtiers et Montres du Dauphiné) est la communauté la plus connue. Initialement une petite entreprise, elle se transforme pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque Barbu refuse le Service du Travail Obligatoire (STO) pour lui et ses employés. En 1944, il cède ses biens à la communauté, marquant la naissance officielle de Boimondau.
Après des tensions internes et le départ de Barbu en 1946, la communauté poursuit son développement sous la direction de Marcel Mermoz, puis de Georges Matras. Malgré des défis (comme la crise horlogère de 1948), Boimondau prospère, combinant modernité industrielle (techniques Bedaux, tests psychologiques) et valeurs humaines.
Organisation : L’Assemblée Générale, souveraine, prend les décisions importantes à l’unanimité. Un chef de communauté et un Conseil Général sont élus, avec une révocabilité permanente.
Rémunération : Basée sur un système de points (professionnels et sociaux), tenant compte de la contribution globale de chaque membre.
Résultats : Productivité élevée, salaires supérieurs de 50 % à la moyenne du secteur, et une solidarité remarquable (ex. : travail sans rémunération pendant la crise de 1948).
Boimondau inspire la création d’une cinquantaine de communautés industrielles et agricoles en France, bien que certaines échouent. Ces expériences visent à montrer une alternative humaine aux relations de travail traditionnelles, sans prétendre offrir une solution universelle. Leur force réside dans leur respect de l’individu et leur ancrage dans la classe ouvrière.
Les Communautés de travail, incarnées par Boimondau, illustrent une utopie concrète où l’économie sert l’épanouissement humain, alliant efficacité industrielle et solidarité. Leur héritage interroge toujours les modèles de travail contemporains.