Étoile-sur-Rhône 39-46

Réapprendre la Liberté et à vivre ensemble

Après la guerre, la vie, les habitudes reprennent

Le dernier soldat ennemi quitte la Drôme, il reste bien, ici et là, quelques vieux soldats allemands, fatigués, qui se cachent chez l’habitant, heureux de souffler et en espérant que l’on les oublie en mémoire d’anciens combats en 14-18. Mais cela ne dure pas, les FFI veillent et dans un élan purificateur, suppriment tout ce qui rappelle le passé très récent : militaires allemands et sympathisants de la milice.

La libération de la Drôme le 31 août 1944 n’efface pas les effets de la guerre sur la commune. Il y a des bons moments qui accompagnent la liberté retrouvée.
Le tri nécessaire entre ceux qui se sont fait remarquer par leur soutien à Vichy et leurs relations avec l’occupant.
Les ardeurs à calmer de ceux qui veulent à tout prix se venger, pas toujours ceux qui ont le plus souffert.
Ceux qui ont passé la tempête en courbant le dos et ceux qui, dès le premier jour de l’occupation ennemie, se sont organisés pour s’opposer à toutes les injustices et préparer la libération du territoire.
Ceux qui veulent faire durer l’esprit de la Résistance et ceux qui trouvent qu’avant la guerre, c’était bien, et qu’il faut que rien ne change.

Première urgence, remettre en route l’administration

Jules Bellier a assumé durant toute la guerre la conduite des affaires de la commune. Ancien combattant 14-18, fidèle au Maréchal, il n’a jamais été inquiété par le pouvoir de Vichy et jamais contesté par la population d’Étoile (maire depuis 1904).
Il espère bien assurer jusqu’aux prochaines élections sa responsabilité de premier magistrat de la commune. Il a oublié que, simplement, le zèle du travail accompli et de n’avoir jamais choisi son camp était une faute impardonnable, et personne ne viendra au secours de ce riche propriétaire éloigné de bourg.

Le 8 septembre 1944, le Comité Drômois de Libération, sur proposition de Paul Verd, fixe la liste des 14 membres du Comité Local de Libération de la commune d’Étoile :
Président :    Paul VERD
Membres :    René PERRIER
Auguste GRÉGOIRE
Camille ROUX
Édouard MAVET
Georges DUGAND
Marius PARADIS
Camille BALCHE
Aimé VINCENT
Auguste JACOUTON
Léon SIBERT
Camille TERRAS
Albert BARBE
Maurice SAUSSE

 

Ce comité se réunit pour la première fois le 13 septembre et prend les décisions qu’impose la situation actuelle :
Marius Paradis est chargé d’animer la commission Ravitaillement  
Protestation officielle et affichée : Le Comité s’élève contre les agissements terroristes qui ont été récemment sur le territoire de la commune. Ils flétrissent ces actions violentes à quelque titre dont elles se réclament.
Il parait élémentaire de rappeler que la justice Républicaine n’est pas et ne peut être individuelle.
Des tribunaux compétents sont institués pour instruire les plaintes et juger la conduite des individus pendant la période d’occupation allemande au même titre qu’il existe des tribunaux pour sanctionner toute action individuelle ou groupe contraire aux lois de la Société.

Des coups de feu ont été tirés contre quelques habitations d’habitants dont les occupants ont trop souvent montré leur sympathie à l’État Français et deux corps, un couple, sont retrouvés au quartier des Bois, criblés de balles. Œuvre des FFI…

Bien que la nouvelle de la mort du couple collaborateur, H. & A. Hu. [1], fait rapidement le tour du village, ces décès ne sont pas enregistrés à l’État civil. Il faut le jugement du tribunal de Valence pour que cette inscription soit effective.

Deuxième avis
Monsieur l’Intendant départemental chargé du ravitaillement signale aux agriculteurs de la commune qu’aucune réquisition de bétail ne peut être faite par une autorité isolée, si cette autorité n’est pas en possession d’un bon de réquisition durement émise par ses services.

Et le troisième avis
Les cultivateurs qui ont été victimes de vol de chevaux par l’armée allemande et qui désireraient se faire prêter des chevaux en remplacement sont priés de se faire inscrire au secrétariat de la mairie.

La population est invitée à restituer au secrétariat de la mairie, toutes les bicyclettes qui auraient été laissées par les Allemands, afin de rechercher leurs véritables propriétaires.

Jules Bellier a refusé de participer à cette réunion, il est convoqué pour le lendemain pour présenter l’état de la commune, et menacé de faire intervenir la gendarmerie s’il ne se présente pas.

Le Préfet de la Drôme transforme, le 17 octobre 1944, le Comité Local de Libération, qui était provisoire, par un nouveau Conseil Municipal composé, en majorité, par les mêmes personnes.

[1] Le nom n’est pas donné par respect des descendants qui ne sont pas responsables des choix de leurs parents.

Le rôle du secrétaire de mairie était important surtout que le maire n’habite pas le bourg, toutes démarches passées par lui.

Les griefs de la nouvelle équipe municipale sont nombreux :
-    Son attitude vis-à-vis de la Résistance, d’une neutralité hostile, tout du moins en paroles. Aucune preuve de dénonciation n’a pu cependant être relevée contre lui.
-    Servilité totale aux ordres de Vichy.
-    Après la révocation de la municipalité vichyssoise, l’administration de la commune a été trouvée dans un état lamentable.
-    Un officier FFI, le lieutenant PAGON, service essence, caserne Brunet, a, après la libération, révélé avoir acheté au compte de la Résistance des cartes d’alimentation au secrétaire de mairie qui les faisait payer 200 Fr. D’autre part, le produit de certaines quêtes ou fêtes du temps de Vichy est passé dans l’ombre sans qu’il soit possible de trouver une trace.
-    Le jour du 6 juin 1944, il a refusé de donner à la Résistance, la liste des jeunes recensés pour le STO. Il n’a cédé qu’à la force.
-    Il recevait chez-lui et fréquentait les époux H. & A. HU. [1], agent de la Gestapo qui furent par la suite fusillés par la Résistance.
-    Il recevait chez-lui, à son domicile particulier, les allemands de la Gestapo et leur offrait à boire.
Le secrétaire de mairie est relevé de ses fonctions et remplacé par Louis HOBEY, instituteur à la retraite.

 Deux listes, composées de 16 membres chacune, se présentent aux élections municipales du 29 avril 1945.

Une liste issue des membres du Comité de Libération «Liste du Conseil Municipal sortant - Liste unique de la Résistance » où l’on retrouve plusieurs candidats faisaient partie de la 4ème ou 6ème Compagnie des FFI de la Drôme, d’autres faisaient de la Résistance, ou ont des prisonniers dans leurs familles.
Et la « Liste d’Union Républicaine et de défense des intérêts communaux », composée de membres du monde agricole.


Étoile-sur-Rhône 39-45 


> Au premier tour, la liste sortante (issue de la Résistance) obtient 13 élus. Au deuxième tour, le 13 mai, c’est la même liste qui remporte les 3 derniers sièges.
Le nouveau Conseil Municipal se compose :
BÉRANGER Jean, au Bourg
CHÉRION Fernand, à Blacheronde
GENSEL Henri, au Bourg
GUIGON Noël, aux Bois
MARGERIE Roger, aux Josserands
MORIN André, à Micoud
MOUNIER Louis, à la Côte
MUNIER Clément, au Chez
PARADIS Marius, au Bourg
PEYRARD Marius, au Bourg
REY Paul, à Saint-Marcellin
SERVANT Émile, aux Bosses
SIBERT Léon, au Bourg
VERD Paul, aux Josserands
VINCENT Aimé, à la Croix
VIOUGEAS Gabriel, aux Reines

Sans attendre le second tour, le Commandant PLANAS, Chef du Service Social de l’Armée XIVème Région, félicite le nouveau maire :
Je suis très heureux de vous féliciter du beau succès obtenu par la liste de la Résistance, et je vous prie de partager ces félicitations avec tous les membres du Conseil.
Pour permettre au public d’apprécier votre largeur d’idées et votre attitude non sectaire, je vous suggérerais de créer des commissions consultatives extra-municipales où pourrait en parfaite collaboration avec vous, la majeure partie de la liste adverse non élue, en éliminant toutefois les éléments collaborateurs dont la présence demeure inacceptable dans la vie publique.

« Largeur d’idées et votre attitude non sectaire », Jean PLANAS et Paul VERD se connaissent bien. Tous deux engagés dans la vie locale par des voix différentes (le médecin rencontrait souvent le pompier volontaire), Paul VERD a souvent critiqué le zèle de Jean PLANAS pendant les premières années de l’occupation, son adhésion  à la Légion des Combattants, ou donnant ici et là des conférences pour expliquer la Révolution Nationale chère au Maréchal.


Il est remarqué qu’aucune femme n’est présente à ce conseil...


Pendant plus d’un an après le débarquement de Provence le 15 août 1944, les armées Françaises et Américaines déversent hommes et matériels dans les ports de la Méditerranée, qui remontent, pour la plupart, par la Nationale 7.
Le maire prend l’arrêté suivant :
Sur le territoire de la commune d’Étoile-sur-Rhône, il est interdit le stationnement de tout véhicule sur la route nationale 7 aux lieux où ont été installés des panneaux portant l’inscription « stationnement interdit » rédigée en français et en anglais.

Pour assurer la sécurité et favoriser l’acheminement, des militaires stationnent régulièrement à Étoile.
Les officiers et sous-officiers sont logés chez l’habitant, les hommes de troupe établissent leur cantonnement dans des champs mis à leur disposition par les agriculteurs de la plaine.
Pour le logement l’indemnité est de 10 Fr par officier et par nuit, 6 Fr par lit pour les sous-officiers, pour le soldat l’indemnité est de 0,50 Fr par nuit ou 0,78 Fr si le couchage se fait dans un local (grange par exemple). Pour un cheval ou un mulet, 0,40 Fr.

Étoile-sur-Rhône 39-45

En juillet 1944, Camille Buffardel, résistant, membre du groupe de Résistance FTP de Die, membre du réseau Buckmaster, est assassiné, ainsi que son frère Édouard. La cave de clairette est pillée.
En décembre 1944, le directeur qui a repris les rênes des établissements Buffardel adresse un courrier au maire d’Étoile demandant son aide pour récupérer des bouteilles.

…Je suis informé que plusieurs lots de bouteilles champenoises vides, appartenant à la maison Buffardel, auraient été abandonnés dans votre commune, lors de la retraite des Allemands.
Une cafetière de La Paillasse en tient 500 environ à notre disposition. Or de son aveu même, nombreux sont les habitants qui détiennent actuellement chez eux tout ou partie de ces bouteilles (quartier des Pécollets en particulier). Comme je n’ai ni le temps ni les moyens de procéder à une collecte individuelle des dites bouteilles, je vous serais extrêmement reconnaissant de bien vouloir user de votre autorité pour que tous ceux qui en détiennent viennent d’eux-mêmes les centraliser au café de La Paillasse. Signalez-leur que Messieurs Buffardel ont été tous deux fusillés par les Allemands pour la cause de la libération, leurs caves et chais pillés en totalité, et qu’ils accompliront ainsi un geste de solidarité envers une famille durement éprouvée, dans ses affections et dans ses biens. Étoile-sur-Rhône 39-45

Après 1945, presque 1 million de prisonniers de guerre de l’Axe (l’Axe représente l’Allemagne et l’Italie, et une vingtième de pays se battant au côté de l’Allemagne) dont principalement des allemands sont détenus en France, d’abord dans des camps ou dépôts, ils sont progressivement, mis à la disposition des collectivités locales, les agriculteurs et les entreprises.

Réticents au début, les prisonniers sont rapidement réclamés car il manque cruellement de main-d’œuvre dans les campagnes, et beaucoup de travaux dans les communes.

> Trois commandos à Étoile

Commando agricole, une quarantaine de prisonniers ; commando d’entreprise à ICARE, quarante prisonniers et le commando municipal de 11 prisonniers.

> Le commando agricole est le premier constitué, les arrivées s’échelonnent d’avril 1945 à mars 1946 (dernière demande d’agriculteur satisfaite). La liste ci-dessous est plus importante car il y a des départs et des évasions qu’il faut remplacer.

GALBERT

Adolf

Caporal

FABER

Hermann

THANNHÄUSET

Heinz

2ème classe

EHRICH

Rudolf

Sergent

HOSLER

Paul

KECK

Jacot

HABETH

Josef

KIELHORN

Fritz

Caporal

SEEBER

Frieabald

KEPPLER

Fritz

Caporal

GÜNKEL

Rudolf

Caporal

SCHWIN

Valentin

Caporal

FINGER

Bernhard

Caporal

SIEVERS

Erich

2ème classe

HOLLWEQ

Ernst

2ème classe

REINAL

Sixtus

STEHAN

Georg

2ème classe

FRÖBEL

Walter

LANGER

REINKOLD

SCHMIRDER

Emil

2ème classe

HERMANN

Wilhelm

WIMMER

Ferdinand

HÖSCHLE

Johann

BATTEFERDE

Wilfried

Caporal

STEUCK

Rolf

2ème classe

BRÜRIER

Helmut

Caporal

SCHULZ

Fredrick

2ème classe

BEHÜTNS

Georg

2ème classe

BOVENSIEPEU

Hans

ZUCHER

Xaver

JIMREK

Rodolf

2ème classe

REIMANN

Robert

Adjudant-chef

KOBKE

Friedrick

Adjudant

WÜRSIG

Bruno

Caporal

MIESBAUER

Franz

Caporal-chef

REIMANN

Robert

Adjudant-chef

FREY

Ervin

Caporal

Évadé le 14 février 1947

MEYER

Kurt

Sergent

MEYER

Joachim

Adjudant

LÖFFLER

Otto

Adjudant

KOCHEISE

Paul

Adjudant-chef

KOLBAS

Reinhold

Adjudant

KLOTH

Ferdinand

Adjudant

MAIMER

Edmond

Sergent

MÜLLER

Karl

Sergent

KLEIN

Gustav

Adjudant-chef

KILIAN

Georg

Sergent

SCHÄFER

Bruno

Caporal

HUBIG

Hugo

Caporal

KIELHORN

Fritz

Caporal

WOZZBURG

Albert

Caporal

WIND

Martin

Caporal

SCHANP

Wilfried

2ème classe

KEMPE

Alfred

Adjudant-chef

MÜLLER

Horst

Sergent

WILHELM

Alfred

Caporal

WAWRZINEK

Johann

Caporal

LAMENT

Stephan

Caporal

EICKHOLT

Alfred

Sergent

BÜCHLER

Léopold

Caporal

LANGER

Reinhold

2ème classe

WIERSBINSKI

Bernhard

Caporal

REIMANN

Robert

Adjudant-chef

LAUFF

Heinrich

Sergent

RESMANN

Wilhelm

2ème classe

BERTHOLS

Alfred

Caporal

 Le 9 avril 1945, vingt premiers prisonniers allemands arrivent sur la commune, répondant aux demandes des agriculteurs et formant le commando agricole. Un homme de confiance, Louis HOBEY, nommé par le maire et rétribué, doit suivre la trésorerie et la gestion complète du commando agricole.


> Le deuxième commando arrive à la Société ICARE : Compagnie Industrie Commerciale et Agricole de la région d’Étoile, directeur général J. de Broe

Étoile-sur-Rhône 39-45

GASSNER

Josef

Sergent

WERNER

Walter

Sergent

HELLFELDT

Wilhelm

Sergent

SCHRÖER

Henrik

Caporal-chef

HEGENLOCHER

Alfred

Caporal

GRIESEMANN

Walter

Caporal

DEISS

Willi

Caporal-chef

ALBERT

Wilhelm

Caporal

OSTEN

Édouard

Caporal

KEMMLER

Karl

2ème classe

HEINS

Alfred

Caporal

RECHENAUER

Gustav

Caporal-chef

EHMANN

Karl

2ème classe

REINHARDT

Kurt

Caporal-chef

SCHMIDT

Willi

Caporal

ZWINGMAN

Heinrich

Caporal-chef

LASKE

Willelm

Caporal-chef

ENGWALD

Helmut

Caporal

EICHHORR

Walter

Adjudant-chef

NEITZEL

Fritz

Caporal

GESSBERGER

Franz

Caporal

AUGENTHALER

Eduart

Caporal

ROTT

Hans

Adjudant-chef

SCHMIDT

Heinz

Sergent

SCHNEIDEI

Herbert

Sergent

KORCH

Alfred

Sergent

SCHOOG

Wilhelm

Sergent

SCHÄFER

Hans

Adjudant

MICHELS

Josef

Sergent

DE HAAN

Paul

Sergent

BOROWSKI

Alexander

Adjudant

REISCHL

Ludwig

Sergent

NEES

Walter

Sergent

DAHL

Werner

2ème classe

SCHMUCK

Kurt

Sergent

RISSMANN

Kurt

Sergent

SCHWARK

Willi

Sergent

MELLENTHIN

Walter

Adjudant-chef

MAURER

Robert

Sergent

WIMMER

Heinz

Caporal

WINTER

Frantz

Adjudant-chef

KËNIG

Wilhelm

Caporal

ZIOINGMANN

Heinrich

Caporal-chef


> Troisième commando municipal

La commune d’Étoile dépend du dépôt 147 dont le siège est à Montélimar. Le maire réclame un commando de 11 prisonniers : 1 cuisinier et 10 travailleurs, dont 1 parlant et comprenant le français, pour être employé en régis directe, c’est-à-dire pour des travaux municipaux.

Le 7 mars 1946, le commando de 11 membres arrive :

BRODKORB

Hermann

Caporal

EISCH

Franz

Caporal

ENGEL

Wilhelm

Caporal

FABER

Josef

Caporal-chef

GLAVE

Willi

Caporal

HENSEL

Emil

2ème classe

KAMMERER

Erwin

2ème classe

LACHMANN

Fritz

Caporal

LINDENAU

Herbert

Caporal

MANG

Karl

Caporal

MINGE

Alfred

Caporal

Au premier juillet de la même année, les travaux prévus par la commune sont terminés : … La commune d’Étoile emploie depuis le 7 mars 1946 et pour ses travaux communaux un commando municipal en régie directe composé de onze prisonniers de l’axe. Les dits travaux communaux vont être terminés sous peu de jours et les onze prisonniers devraient être remis normalement au dépôt 147, écrit le maire et rajoute :
…Depuis quelques temps déjà je suis appelé à donner mon avis concernant des demandes de Prisonniers de guerre formulées par des cultivateurs de notre commune dont les travaux sont de toute urgence et indispensable à la vie économique du pays (moisson). Or, le dépôt 147 ne peut donner satisfaction à leur demande de main-d’œuvre.

Les prisonniers ne quittent pas Étoile, ils sont répartis chez les agriculteurs.


Les travaux pour le premier trimestre de mars à juin 1946 : commencement de la place du Centre, entretien des bâtiments communaux, bouchage des tranchés abris, construction d’un égout. Pour ce trimestre Étoile reçoit une subvention de l’État de 34 628 Fr. L’État fournit chaque mois le tabac et le savon pour chaque prisonnier.

Pour la suite : remise en état des rues et places du Bourg, entretien des chemins communaux, débardage de bois appartenant à la commune, finir la construction de l’égout des Remparts, réalisation complète de la place du Centre (démobilisations d’immeubles achetés et nivellement du terrain).

Les travaux paraissent importants mais en juin 1946, tout est terminé.


> Les interdits sont nombreux :

L’encadrement des prisonniers doit être strict : ne pas être hébergé dans la même maison que les propriétaires et fermer le local à clés toutes les nuits. Interdiction d’utiliser une bicyclette qui peut favoriser les tentations d’évasion, interdiction de se rendre librement dans le bourg du village.
Interdiction de leur remettre des habits civils, en cas d’accident, se procurer au dépôt des habits militaires de remplacement. Interdiction de fréquenter des lieux publics : cafés, magasins…, même accompagnés, tout contact avec la population civile est interdit.
Interdiction de posséder une carte routière, même celle dans les agendas, calendrier des Postes ou revues.
Il est interdit aux propriétaires de remettre de l’argent français aux prisonniers, toujours pour gêner leur déplacement, pour favoriser les échanges il est créé une « monnaie de camp » que l’agriculteur doit se procurer au centre du dépôt (Valence). Chaque prisonnier placé dans une ferme a droit à une somme de 5 Fr par jour convertie en monnaie de camp. Le commando municipal touche, suivant leur spécialité, 70 à 120 Fr par jour.
Les courriers envoyés à leurs familles, ou pour en recevoir, doivent passer obligatoirement par le dépôt, tous autres envois sont interdits.

En cas de non-respect de ces règles par un propriétaire, tout le commando de prisonniers et retiré à la commune.

La règlementation organisant les commandos de prisonniers de guerre allemands évolue très vite en fonction des possibilités matérielles de l’État, par exemple l’impossibilité de fournir de l’habillement pour les prisonniers, il transmet cette charge sur les employeurs. À partir de janvier 1947 (il y a 41 prisonniers travaillant sur Étoile chez 41 agriculteurs), les contrats sont individualisés pour chaque prisonnier, plus de notion de commando. La participation des agriculteurs augmente.

À la fin de l’année 1947, les prisonniers de guerre allemands qui ont obtenu un « Certificat de libération », deviennent « travailleurs libres », il y en a 16 à Étoile, et reçoivent une carte de séjour temporaire. Certains jeunes allemands ne souhaitent pas rentrer tout de suite dans leur pays dévasté où personnes ne les attendent et que l’accueil en France leur convient. Seize ex-prisonniers sont dans ce cas.


> Accueil des PGA
Le 1er novembre 1945, le curé Marnas décide de réserver une messe spécialement aux PGA catholiques qui se trouvent sur la commune,  à 6  h 30. Un prêtre connaissant l’allemand les confessera et leur parlera. Il demande aux agriculteurs de les envoyer à l’église.

Deux ans plus tard, en juin 1947,  « l’homme de confiance », Louis HOBEY, demande à la mairie le prêt de la salle des fêtes pour que les PGA d’Étoile puissent participer à une représentation donnée par le dépôt 147 de Montélimar.
La réponse du maire est sans appel :
Responsable de l’ordre public dans notre commune, je ne puis vous accorder cette autorisation.
Il existe à Étoile trop de victimes de la guerre, parents de fusillés, ou de déportés, trop d’anciens prisonniers, trop de déportés politiques ou du Service du travail Obligatoire, trop de maisons détruites ou sinistrées par vol ou pillage pour que des incidents ne soient à craindre si vous donnez cette représentation dans notre salle des fêtes municipale.


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> Décès de soldats Allemands
En 1953, il est décidé de transporter tous les corps (ou ce qu’il en reste) des soldats allemands au cimetière militaire à Montélimar.

Seize soldats sont morts sur le territoire de la commune et y sont enterrés. Soit au cimetière, soit sur la propriété des agriculteurs qui les emploient.

Il y a ceux qui sont morts leur de leur retraite, souvent par mitraillage de l’aviation alliée, et ceux qui sont décédés lors des travaux dans les champs, ou sur la voie de chemin de fer.
Avant la fin d’août 1944, c’est l’armée allemande qui enterre les siens au cimetière de la commune, fin août, elle laisse sur le terrain ceux qui n’ont pas eu de chance dans leur fuite. En règle générale, l’armée allemande ne laisse pas derrière elle les corps de ses soldats.
L’enterrement des corps se fait aussi chez les particuliers, en cas d’urgence, parfois sans cercueil, sous une couche de terre plus ou moins épaisse.

Un premier recensement est fait dès septembre 1944, il est déclaré 6 tombes au cimetière de la commune réalisées par les soldats allemands, les noms sont gravés sur des croix. Ils sont morts le 28 août 1944, mitraillés par l’aviation. Il s’agit de :
Hans Beorg ZIVERG., né le 25 juillet 1903
Franz FINK, né le 1er septembre 1908
Johan ROTHMUND
Josef KÖLBL, né le 1er décembre 1924
Anton KEIGER, né le 12 juin 1925
Théodor BENÈCHE, né le 3 décembre 1925

Lors de la retraite des allemands, 2 soldats tués et 2 tombes creusées en bordure de la N7, celle d’un officier et celle d’un soldat. La mairie conserve les documents personnels.

Toujours pour le même période, 3 sépultures chez des particuliers, faites à la hâte, peu profondes, il faut rajouter de la terre :
Au Péage : FLUCK, d’après le propriétaire du terrain, ce doit être un officier âgé de 24 ans
Aux Neyrie : Walter LIEBERT, né le 15 avril 1912, décédé le 29 août 1944
Aux Battendons. Olgenne FULLD, décédé le 29 août 1944

D’autres corps seront enterrés en septembre 1944 :
À Vachon : Albrecht STEINBAUER, né le 31 décembre 1904, décédé entre le 20 et 25 août, tué dans sa voiture mitraillée par l’aviation.
Aux Dilliers : Lolanawpy LYNVIMANN, né le 29 octobre 1908, décédé le 2 septembre 1944
Au Comte : Walter SCHONWANDT, né le 4 mai 189, décédé le 2 septembre 1944

Et deux décès accidentels parmi les prisonniers de guerre Allemands, et enterrés au cimetière :
Rudolf BREMER, décédé accidentellement le 25 mai 1947 sur la N7, prisonnier de guerre
Willy MULLER, né le 10 février 1910, décédé le 30 novembre 1945, grade adjudant-chef, prisonnier de guerre du commando de Portes-lès-Valence, accident sur la voie ferrée sur le territoire d’Étoile.

L’exhumation des corps enterrés au cimetière se fait le 1er juin 1953, sans difficulté. Pour les corps décimés sur les propriétés privées le transfert est plus long.

Date de dernière mise à jour : 01/03/2024

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